mardi 18 août 2009

Blankets

Blankets de Craig Thompson.
Encore un "roman graphique" dévoré ces derniers jours...
Craig Thompson raconte son histoire d'amour avec Raina. Ils ont tous les deux 17 ans.

Craig est envoyé dans un camp de vacances catholique, car ses parents croient et lui aussi. Il y rencontre la belle Raina et tous deux vont vivre dans leur bulle lors de ce séjour. Plus tard, Raina invite Craig à venir passer quelques jours ses parents.

Tout se passe en hiver, dans le froid et la neige de la campagne profonde du Wisconsin et du Michigan. Thompson mêle ses souvenirs de jeux avec son petit frère, l'enseignement religieux et ce premier amour. Et tout se croise bien sûr, sa relation proche avec ce frère, son histoire avec Raina et la culpabilité du péché.
Ce qui occasionne des scènes très drôles où Thompson se montre en proie aux tourments de l'amour et aux doutes de la croyance. Mais aussi de très belles scènes de complicité entre les deux frères.
Raina et Craig sont romantiques comme on peut l'être à 17 ans. Chaque geste, chaque phrase est forcément un signe envoyé à l'autre. Tout se dit à mots couverts. Et Thompson nous fait revivre ces moments que nous avons tous connus.
Le trait de Thompson est vif, tantôt tourmenté, baroque lorsqu'il évoque les hésitations du jeune homme, tantôt doux, épuré lorsqu'il réunit Raina et Craig dans la campagne enneigée ou dans la chaleur d'une chambre d'adolescent.

Je vous le conseille donc vivement !
On y repense, avec émotion. on se replonge avec plaisir dans des émotions déjà un peu lointaines...



Facebook

Je suis sur Facebook de puis un peu plus d'un an et demi. A l'époque il n'y avait pas grand monde (si si), quelques centaines de milliers, en France je veux dire. Au début je ne comprenais pas très bien à quoi cela pouvait servir. Je trouvais l'interface un peu froide et pas toujours simple d'utilisation (pour l'utilisation ils se sont améliorés). Au bout de trois ou quatre mois j'ai commencé à voir débarquer pas mal de monde. Essentiellement des amis qui avaient une page MySpace, ou un blog.
A ce moment là Facebook était en anglais et il y avait ces groupes exaspérants qui demandaient à corps et à cris un Facebook en français. Soit par fierté linguistique, soit parce qu'ils ne pigeaient rien à l'anglais (je penche malheureusement pour la deuxième hypothèse). A ce moment là tout de même j'ai commencé à entrevoir l'intérêt de la chose: pouvoir trouver des connaissances facilement, surtout ceux dont je n'avais pas forcément le mail (gens croisés dans des fêtes et dont on avait oublié de prendre et de donner ses coordonnées par exemple).
Le grand tournant c'est tout de même la création du chat de Facebook. Enfin du "vivant"!
Depuis je considère Facebook un peu comme le lieu où l'on sait que l'on peut croiser des gens qui on a envie de parler. Un peu comme dans un café dans une petite ville, bref, comme on ne le fait même plus aujourd'hui.
Je connais les habitudes horaires de certains et je sais que si je veux leur dire quelques mots j'ai de grandes chances de les y croiser, avec le choix de leur parler ou non.
Dans la nuit Facebook se vide petit à petit, comme un café et redevient un lieu vaguement désert ou les "actualités" se font de plus en plus rares. J'aime bien cette idée de café virtuel. Aussi l'on peut y "publier" des liens, des articles, des vidéos un peu à la cantonade et s'y intéresse qui veut sans qu'on s'en formalise.
Bien sûr il y a les désagréments: les "actualités" répétitives de certains, les "statuts" débiles d'autres, les demandes d'ajout "à une liste d'amis" intempestives, ou les gens qu'on aurait aimé qu'ils nous oublient... Mais tout de même on peut choisir, refuser, ne plus avoir les "actualités" de certains... Bref on fait son choix, on choisit par qui et comment on se fait éventuellement ennuyer.
Au fil des mois j'ai vu le cercle s'agrandir jusqu'à l'arrivée de gens qui n'avaient pas eu de MySpace et qui n'étaient pas très accrocs à internet. Facebook avait fini d'être un petit gadget parisianniste et branché... Pour le meilleur et pour le pire.
Quand à la fameuse question de la vie privée là encore qu'on arrête de nous seriner qu'on nous surveille puisqu'on ne donne que les informations que l'on souhaite. Et on peut même enlever le "tag" qui nous dénonce sur une photo désavantageuse.
Certes il y a une sorte de surveillance généralisée entre les membres de Facebook... On surveille même sans le vouloir les petites habitudes des uns et des autres, les réactions à certaines publications, les changements de statuts amoureux (mais là aussi on peut rester dans le vague si on veut)... Facebook est une sorte de plateforme où l'on autorise les autres, les "amis" à nous surveiller, dans un accord tacite en échange du droit de surveiller les autres. Un peu comme dans une bonne dictature où la dénonciation des habitants est la meilleure police? Certains le disent, mais je ne le crois pas.
En tous cas Facebook est bien plus attrayant que le vieillot MySpace où chacun se cachait derrière un pseudo souvent ridicule, où personne ne reculait devant le mauvais goût de personnaliser sa page avec une immonde tapisserie. Et puis le chat de MySpace ne marchait presque jamais. Et puis avec ces pseudos impossible de savoir qui était qui...
Sur Facebook il y a encore quelques ringards pour dire "merci pour l'ajout" (horripilant), ou encore "poker", ou jouer à "Guerre des gangs" ou envoyer des "points cool"... Heureusement que les attaques de vampires (des débuts de Facebook) n'existent visiblement plus!

Je me demande régulièrement que serait notre quotidien, à moi et à beaucoup de connaissances sans Facebook et cette façon de garder un contact invisible, d'échanger à n'importe quel moment. Je suis devenu accroc? Sans doute un peu, oui. Et si Facebook devenait payant? Bhou... ça c'est la grande terreur pour les accrocs de Facebook! Je préfère ne même pas trop y penser...

dimanche 16 août 2009

Jiro Taniguchi

Je (re)découvre ces derniers temps les joies de la lecture de bandes dessinées. Disons certaines bandes dessinées.
Pour moi la bande dessinée s'est longtemps résumée à Tintin (tout lu et relu avec beaucoup de plaisir quand j'étais petit), Lucky Luke (ouais bof), Les Shtroumpfs (quand j'étais petit c'était très à la mode!), mais aussi tous les Picsous magazine, Pif Gadget (Rahan etc...)... Puis sont venus les Comics avec une lecture assidue de Strange.
Depuis peu je lis à nouveau des bandes dessinées. Alors pas les BD genre les séries avec des chevaliers du moyen âge, ou des chevaliers de l'espace. Non ça je déteste: le dessin est souvent laid, les histoires un peu idiotes. Non je parle de la BD disons plus adulte (non pas Manara, même si j'adore Gulliveriana) mais plutôt ce qui est classé, pour faire chic, dans le "roman graphique".
Bon c'est depuis la découverte de Persépolis (longtemps avant le film...), soit quinze après avoir découvert Maus d'Art Spiegelman. Bref de la bande dessinée avec des auteurs, des styles, des histoires quoi.
Je reviendrais dans un autre post sur d'autres découvertes mais j'aimerais dire quelques mots sur Jiro Taniguchi.
Pour ceux qui ne connaissent pas encore Taniguchi est un mangaka (un auteur de mangas quoi), il est japonais comme il se doit et son oeuvre (si si) est constituée de deux parties: une assez commerciale dans le manga classique et une autre beaucoup plus personnelle. c'est cette dernière qui m'intéresse après avoir lu Un Zoo en hiver (sorti récemment) et le plus ancien Quartier Lointain.
Taniguchi raconte à la première personne ses souvenirs d'enfance, d'adolescence...
Dans Un Zoo en hiver il raconte comment il quitte sa ville natale pour Tokyo et commence son apprentissage de mangaka en travaillant comme assistant chez un célèbre mangaka. Le coeur de l'histoire c'est sa rencontre avec une jeune fille de son âge à la santé fragile qui va l'encourager à écrire son premier manga.
L'histoire est simple, limpide comme le trait de Taniguchi est précis, épuré. taniguchi travaille à partir d'un matériel autobiographique et du quotidien, de facture relativement réaliste en dessinant le Japon de son époque. Pourtant ses histoires sont transposables avec nos propres souvenirs et émotions, et donc le Japon s'efface comme par magie pour nous replonger dans des moments connus de notre propre vie. Taniguchi reste réservé dans les sentiments, comme ses personnages, et pourtant nous sommes submergé par l'émotion.
Quartier Lointain est son Rosebud, son oeuvre phare. Taniguchi raconte l'histoire d'un homme, la quarantaine, qui va se recueillir sur la tombe de sa mère et s'évanoui (ou s'endort on ne saurais trop dire) et qui se réveille dans la peau de l'enfant de 14 ans qu'il a été, dans le Japon de son enfance. Le héros se retrouve donc à nouveau au collège (il s'agit d'un tout autre Retour au collège que celui de Ryad Sattouf!), dans sa famille, avec ses amis... mais avec les souvenirs qui se superposent, et le savoir et la psychologie d'un homme de quarante ans (il y a du Benjamin Button là-dedans? oui un peu...). Je vous laisse découvrir la suite car je ne voudrais pas gâcher votre plaisir de la découverte.
Lire Jiro Taniguchi se fait avec calme, délectation, émotion. J'ai tout simplement hâte de découvrir la suite de son oeuvre autobiographique publiée chez Casterman dans la géniale collection Ecriture: L'Homme qui marche, Le Journal de mon père, Terre de rêve, Un ciel radieux.
Notez que Quartier lointain à reçu l'Alph Art du meilleur scénario au Festival d'Angoulème en 2003. De plus, une adaptation au cinéma est en route par Sam Garbarski (Le Tango des Rashevski, Irina Palm.... je crains le pire en fait...), transposé en France (mon dieu!!!...).
Alors lisez Quartier lointain avant qu'il ne soit salopé par le cinéma!

vendredi 14 août 2009

MOI (4) : Oui c'est moi...

Oui c'est bien moi sur la photo là au-dessus... Il y a une trentaine d'années disons...

vendredi 10 juillet 2009

mardi 7 juillet 2009

MOI (3) : La jerbe

De toute façon aujourd'hui j'étais de mauvaise humeur. la faute à un torticoli attrapé sans doute dans la nuit et à un mal de tête consécutif au dit torticoli (ça fait nom de pâtes non?).

Et pour m'achever j'ai allumé la télé pour regarder quelques minutes de l'hommage à Jackson.
J'ai tenu dix minutes pas plus. J'ai trouvé ça lamentable, horrible, dégoûtant...
ce show, cette émission de variété avec le cercueil sur scène on aurait dit son concert à Londres. Je me demande même comment les promoteurs de ses spectacles n'ont pas pensé à faire une tournée mondiale avec le cercueil. Je suis sûr qu'ils y ont pensé.
Pourtant y a pas grand chose qui me choque dans la vie mais là j'ai trouvé que ce mélange d'enterrement et de concert télévisé est le sommet de l'horreur de l'époque.
Je me fiche assez de Michael Jackson. J'aimais certaines de ses chansons mais il y a bien longtemps que je ne me souciais plus de se qu'il pouvait faire. Ses ennuis judiciaires avec les petits n'enfants m'avait encore plus détourné de l'intérêt éventuel que j'aurais pu lui porter.
Et puis je n'en peux plus d'entendre parler de lui depuis deux semaines... Mais là ce show c'est le comble de l'horreur. Ca sent la fausse tristesse de la famille. Je ne peut m'empêcher de penser qu'ils ne l'aimaient pas tant que ça, qu'ils le jalousaient, ou encore qu'ils se réjouissent de l'argent qu'il vont pouvoir faire sur son dos désormais.
Il n'y a décidément que les Américains pour inventer pareil chose, mêlant spectacle, cynisme, argent, mort... C'est à peu près aussi aussi méprisable que le débarquement américain en Irak à l'heure du journal télévisé.
Bon entre parenthèse on est vraiment dans ce que Paul Virilio appelle la "mondialisation des affects", cette communion autour d'un drame. C'est consternant.

Sinon pour échapper à ça je vous conseille de lire la revue Ravages, éditée par Descartes et cie et qui se trouve en librairie. Au sommaire plusieurs textes autour de l'infantilisation de nos sociétés, signés par Stiegler, Virilio, Stiglitz, Barber... Mais aussi une "interview fictive" de Nietzsche à ne pas rater.

Sinon vous pouvez aller voir Wathever works de Woody Allen. C'est du Allen tout craché, classique, sans grandes surprises mais on y passe un bon moment.

samedi 4 juillet 2009

MOI (2) : Sur Paris

Entendu aujourd'hui dans le métro (une fille dit à sa copine):
"Tu vois je regrette pas d'être sorti avec le parisien, tu te souviens? Parce que maintenant je sais bien me repérer dans Paris."
Ben oui on sert à ça des fois, nous les mecs...

Ha oui et puis j'ai entendu pour la millionième fois cette expression que je déteste: "Je reviens SUR Toulouse". Rien à voir avec Toulouse, ce qui me gêne c'est le "SUR". Je déteste cette façon de parler, en premier lieu parce que ce n'est pas français, on dit: "Je reviens A Toulouse".
Ensuite parce qu'il y a quelque chose d'hégémonique, de possessif que je déteste. Une façon de s'approprier un lieu, une ville (un côté "marche SUR Rome"). Et puis des fois ça se transforme carrément en une véritable conquête: "Je reviens sur Toulouse puis ensuite je serais sur Madrid, et en août je serais sur Berlin". Là c'est Attila!
Pourquoi vouloir s'approprier le monde de cette façon? Ca me fait penser à une publicité il y a quelques années pour un opérateur de téléphonie qui se terminait avec un homme qui tenait la planète dans ses mains (ça vous rappelle rien? un film... non?).
Et puis ça manque de simplicité, d'humilité de parler comme ça, de s'approprier les lieux comme ça... Il y a aussi un côté "Village global" (je déteste cette expression inventée pour nous faire croire que le monde est aussi sympathique qu'un petit hameau...). Voilà c'est dit !

Sinon j'ai pris un verre avec L. qui quitte Paris pour aller vivre dans les Alpes de Haute-Provence. Elle dit qu'elle n'a jamais quitté Paris plus de deux mois consécutifs depuis sa naissance, qu'elle a besoin de calme, pour lire, réfléchir... vivre quoi... Oui je la comprends même si je redouterais un peu l'hiver pour ma part... Encore que... Mais elle reviendra de temps en temps A Paris.

Par ailleurs l'attitude de AV me déçoit quelque peu...

mercredi 1 juillet 2009

MOI (1): Tentative



Tentative.
Depuis l'ouverture de ce blog j'ai esquivé l'aspect le plus répandu des blog: parler de soi et de sa vie palpitante. Encore que, parler des choses vues, lues, entendues soit une façon de parler de sa vie et de soi. Et puis j'ai quand même joué le jeu en disant finalement pas mal de choses sur moi dans la section "Fiction", la plus ou bien nommée.
Mais c'est d'abord pour n'ennuyer personne avec ma vie que je considère relativement banale que je me suis retenu. Et sans doute aussi parce que ça me gênait me livrer le quotidien à des gens pour la plupart inconnus (oui il y a dans mes stats des lecteurs un peu partout dans le monde, bon vous me direz ils viennent au hasard et en plus qu'est-ce que ça peut faire qu'ils savent tout ça sur moi... oui, vous avez raison). Mais quelque chose me dérangeait.
Non pas que cela ne me dérange plus désormais mais j'en envie de tenter. Pour voir. Alors je ne promets pas de me lancer très rapidement dans l'égrenage de mes activitées quotidiennes et mes états d'âmes mais je vais y venir sans doute petit à petit. En fait le seul biais intéressant là-dedans me semble être la distance et l'humour que l'on peut avoir par rapport à soi dans cet exercice. C'est à mon avis cela le défi... (oui je sais ça commence pas fort dans ce billet).
La seconde chose qui me pousse aussi c'est que j'ai envie d'avoir des réactions, des commentaires. Jusqu'à présent j'en avais peu ou alors par mail, ou alors quand je croisais des gens qui avaient lu... Je me dit souvent que c'est soit parce que ça ne provoque pas de réaction (pffff...) soit parce que les gens n'osent pas se lancer dans certains sujets abordés parce que le blog serais un peu trop "sérieux". Je m'interroge beaucoup là-dessus en fait... si si...
Alors voilà il y aura désormais dans ce blog une section intitulée humblement "Moi".

samedi 27 juin 2009

FICTION (19)


Elle n'est pour l'instant que quelques mots sur fond blanc, un visage aperçu, une sensation quotidienne. Et pourtant il y a chez elle une bienveillance, une douceur pourrais-je dire qui me plaît, qui me touche.
Entre les mots se dévoilent des traits, des plis, des figures. Et j'assemble les morceaux en tentant de construire mentalement son esprit et sa chair.

Elle apparaîtra bientôt dans le ciel bleu électrique des nuits de juillet. Elle sourira sans doute en voyant mon incrédulité à la voir là, bien réelle.

Il ne manque que son odeur et le grain de sa peau pour rendre l'image nette.

lundi 8 juin 2009

Hymne européen


"L'hymne officieux de l'Union européenne, qu'on a pu entendre à l'occasion de mains évènements politiques ou sportifs, cet Hymne à la joie extrait du dernier mouvement de la Neuvième symphonie de Beethoven est un vrai "signifiant vide" qui peut servir à n'importe quoi. En France, il a été élevé par Romain Rolland au rang d'ode humaniste célébrant la fraternité des peuples (la "Marseillaise des peuples"); en 1938, il fut le clou du spectacle des Reichmusikstage (les "Jours de la musique du Reich") et fut joué, plus tard, pour l'anniversaire de Hitler; jusque dans les années 1970, il était donnéen l'honneur de la médaille d'or allemande lorsque les équipes olympiques de l'Ouest et de l'Est réunies en une seule pour représenter l'Allemagne, participaient à la compétition; le régime rhodésien de Ian Smith, partisan de la suprématie blanche, qui décréta l'indépendance à la fin des années 1960 afin de maintenir l'apartheid, en fit son hymne national. (...)
Il n'est donc pas difficile d'imaginer un spectacle de fiction auquel assisteraient tous ceux qui sont des ennemis jurés, de Hitler à Staline, de Bush à Saddam, oubliant leurs oppositions pour participer à un moment magique de fraternité extatique...
(...)
Et si nous avions par trop domestiqué l'Hymne à la joie, si nous nous étions trop habitués à le considérer comme un symbole de joyeuse fraternité? Et s'il était nécessaire de s'y affronter à nouveaux frais?
Cela ne vaut-il pas pour l'Europe aujourd'hui? Après avoir invité des millions d'êtres à s'enlacer, du plus élevé au plus insignifiant (vermisseau), la deuxième strophe (de l'Hymne à la joie) s'achève de manière inquiétante: "Und wer's nie gekonnt, der stehle weinend sich aus dem Bund" ("Mais vous que nul amour n'effleure, en pleurant, quittez ce choeur!"). Que l'Hymne à la joie de Beethoven soit devenu l'hymne non officiel de l'Europe n'est pas sans ironie, une ironie qui tient bien sûr au fait que la cause principale de la crise de l'Union est précisément la Turquie: si l'on en croit la majorité des sondages, l'une des principales raisons invoquées par ceux qui ont votés "non" aux derniers référendums en France et aux Pays-Bas était la peur des immigrés venus d'Orient, une peur qui s'articule politiquement à l'opposition de l'entrée de la Turquie dans l'Union. Le "non" peut être posé en termes populistes et droitiers (non à la menace culturelle turque, non au travail immigré turc bon marché) ou en termes multi-culturalistes et libéraux (la candidature de la Turquie ne devrait pas être retenue en raison du traitement que ce pays réserve aux Kurdes, de son incurie des droits de l'Homme). La réponse opposée, le "oui" est aussi la fausse cadence finale de Beethoven...
Devrait-on admettre la Turquie dans l'Union ou la laisser "sortir à pas feutrés hors de l'Union (aus dem Bund - quitter ce choeur)"? L'Europe survivra-t-elle à la "marche turque"? Et si, comme dans le final de Beethoven, le vrai problème n'était pas la Turquie mais la mélodie elle-même, la chanson de l'Union européenne telle qu'elle nous est jouée par l'élite pragmatique, technocratique et post-politique bruxelloise?
C'est d'une mélodie totalement neuve, d'une nouvelle définition de l'Europe, dont nous avons besoin.
(...)".

Slavoj Zizek
Bienvenue au réel européen, 2005
in Bienvenue dans le désert du réel, 2002.


Europe...


Dans ces élections européennes une fois de plus c'est la démocratie qui sort affaiblie, avec un taux de participation de 40% en France et qui, en Europe, va de 19,64% en Slovaquie à 60% en Grèce.

Et puis il y a cette vague bleu du Parti Populaire Européen, soit la droite capitaliste triomphante malgré la crise financière de ses derniers mois, dont on entends certes plus vraiment parler sauf pour justifier des licenciements. Une crise financière déjà évaporé des médias, et des esprits, alors qu'il semblait il y a si peu que le capitalisme, l'ultra-libéralisme devrais-je dire, était à jeter à la poubelle. Qu'à cela ne tienne, les européens continuent à soutenir massivement les représentants de la droite libérale...

A l'exception de 4 pays qui ont produit des résultats égalitaire entre Parti Populaire Européen et Parti Socialiste Européen: Suède (5 sièges PPE / 5 PSE), Danemark (3 ADLE, Alliance  des Démocrates et Libéraux pour l'Europe / 3 PSE), Grèce (8 PPE / 8 PSE) et Chypre (2 PPE / 2 PSE).

Si l'on pavoise en France sur la nette poussée écologiste avec une liste Europe Ecologie qui a fait une très belle campagne pédagogique, concrète, énergique et véritablement européenne, il n'y a qu'en Allemagne où la tradition écologiste est ancienne que cette tendance est visible.
Avec 14 sièges en France et 13 sièges en Allemagne les écologistes vont tout de même avoir du travail pour arriver à se faire entendre au parlement.

samedi 6 juin 2009

Lunar Park


De Bret Easton Ellis j'avais lu et aimé Moins que zéro et Les Lois de l'attraction (adapté assez mal au cinéma par Roger Avary, pourtant auteur de l'excellent Killing Zoé). Je n'ai pas encore lu, étrangement, ces best-seller que sont American Psycho et Glamorama.

Lunar Park est le premier roman à la première personne d'Ellis. Et même plus que cela puisque le narrateur et personnage se nomme Bret Easton Ellis, qu'il est un écrivain à succès qui à écrit les livres cités plus haut... Le roman (oui, Ellis insiste sur le fait qu'il s'agisse d'un roman) est une sorte d'auto-fiction dans laquelle le lecteur cherchera forcément (c'est le jeu de l'auto-fiction) la part du vrai, la part du faux. 
La plus grande part du vrai semble être dans la première partie où Ellis raconte en environ 80 pages ses débuts d'écrivain à succès (c'est sa profession...) ainsi que tous les à côtés. Parmi les à côtés: la drogue, les filles, les voyages, la médiatisation, l'argent, l'alcool... Ellis raconte à une vitesse vertigineuse l'ivresse et la gueule de bois de ces années là. Avec détails, humour, et sacrée dose d'auto-critique. De ce tourbillon, de ce grand-huit autour de la planète et dans sa tête l'auteur s'éjecte épuisé. Et on le comprends. Ellis ne sait plus qui il est, ce qu'il veut, ce qu'il va écrire.

Il est alors temps de recoller les morceaux avec son ex-femme, ses enfants, son passé en s'installant comme en cure, dans une banlieue policée de New-York.
La maison est immense, très confortable, le jardin est parfaitement entrenu, le jacuzi à disposition, l'école des enfants est une des meilleures de la région.
Bret Easton Ellis se pose, tente de s'intéresser à son fils Robby, à faire l'amour avec sa femme, à discuter poliment avec les voisins. Mais comme dans ces banlieues tranquilles il suffit de peu pour que tout dérape. Et je dis "peu"... mais très vite tout va devenir énorme, envahissant, étouffant.
Le chien de la maison semble détester Ellis, le mépriser même.
Robby, gavé de calmants pour lutter contre l'hyper-activité comme la plupart de ses amis, semble avoir une attitude indifférente voire hostile envers son père.
Une "banale" fête donnée dans la maison fait apparaître Patrick Bateman, le héros d'American Psycho.
Bret Easton Ellis le sent quelque chose cloche et c'est bientôt le fantôme de son père qui revient par mail...

La maison devient le théâtre de phénomènes étranges, mais aussi l'université où il enseigne, le journal local obsède Ellis, son amante devient insaisissable.
Ellis comprends que le passé le rattrape et que même son analyste n'y pourra rien et qu'il va devoir affronter les évènements seul.

Passé donc ces 80 premières pages Ellis nous entraîne dans un roman à la Stephen King tout en conservant la subtilité et l'humour qui font son talent. A ce stade on ne lâche plus le livre, on est Bret Easton Ellis et l'on sait qu'il va falloir aller au bout du livre pour se détacher de ses obsessions et de ses angoisses. On va rire parfois, avoir peur souvent et se dire que Bret Easton Ellis est décidément un immense écrivain. 

mardi 14 avril 2009

Penser la vitesse

Cette nuit j'ai regardé le documentaire de Stéphane Paoli, Paul Virilio, Penser la vitesse. Il faut rappeler que Virilio est d'abord un urbaniste et qu'il s'est "reconverti" en philosophe alors que la pensée française semblait (semble encore?) en panne de nouveaux penseurs et de bons clients télévisuels.

Le documentaire de Paoli se présente finalement comme un catalogue des catastrophes récentes ou possibles dans un avenir proche. Le principe de Virilio est résumé ainsi: Le progrès et la catastrophe sont les deux revers d'une même médaille. Inventer l'A380 qui peut transporter 1000 passagers c'est inventer l'accident de 1000 personnes.
Bon, là on tique un peu. Ce n'est donc que ça? Oui c'est aussi simple que cela. Et les exemples sont multipliables presque à l'infini. L'autre idée de Virilio est que le monde s'est enfermé dans le village global, un monde devenu trop petit, les distances étants raccourcies par la vitesse. Vitesse de déplacement physique, déplacement de l'information, les évènements devenants planétaires.
Là oui, pourquoi pas. La possibilité inédite dans l'histoire de l'humanité d'accéder à l'information mondiale en simultané et à une vitesse que nous ne pouvons nous représenter amène sans doute à une saturation vertigineuse de stimulis. Et là naît une sorte de grande peur qui saisit le monde face à la vitesse qu'il a lui même créé et qu'il ne sait plus maîtriser.

Un chercheur souligne que nous avons créé des machines capables de milliards d'opérations en nanosecondes. Il explique que le temps de la finance (oui, le film raccroche les wagons avec l'actualité proche) n'est plus un temps perceptible par le cerveau humain et qu'il nous dépasse: les opérations étants automatisées, enchaînées et globalisées au niveau de la planète. Il souligne également que le temps de l'économie (celui des entreprises, donc des hommes) n'a pas vraiment changé. En bref, l'homme ne maîtrise plus la vitesse et est donc à la merci de l'accident.

Parmi les moments intéressants du documentaire celui où Paoli revient sur la lente agonie de la petite Omaya en 1985 devant les caméras du monde entier (le premier reality-show sans doute, dans toute sa morgue, qui disait bien en un plan fixe ce qu'allait devenir la télévision), il parle alors de la globalisation de l'émotion. Attention âmes sensibles, il y a là aussi une intervention de l'insupportable Dominique Wolton (plus loin, autant prévenir, vous aurez droit à Jacques Attali).

Autre moment incontournable, le 11 septembre. Paoli et Virilio reviennent sur ce qui est la catastrophe fondatrice du XXIème siècle. Cette sorte de superproduction hollywoodienne (un film catastrophe 70's high-tech) et l'incrédulité de la planète entière, en direct, au même instant devant des images qui semblent iréelles. D'ailleurs l'évènement est tellement fort qu'il ne faut pas s'étonner que certains prétendent qu'il n'ai pas eu lieu. Moi-même à chaque fois que je revois la perfection de l'image (et de l'acte) du deuxième avion qui s'encastre dans la tour, j'ai peine à y croire (y "croire"). Ce que ne dit pas le film et c'est dommage c'est que le 11 septembre est un évènement rapide dans son exécution mais sans doute long et minutieux dans sa préparation mais qu'il se prolonge, un peu comme si aujourd'hui encore les tours continuaient à s'effondrer de façon invibles, et au ralenti (cette fois) au coeur de Manhatan en ensevelissant le monde (la défaite américaine en Irak, l'élection d'Obama, la chute des bourses... to be continued).

Lorsque certains intervenants parlent de notre impossibilité à absorber cette vitesse de l'évènement, de l'information, du calcul de la machine. Ils escamotent (ou Paoli sans doute) les nouvelles technologies biologiques et la possibilité bientôt proche de créer un homme quasi immortel (rectifictions des défaillances de l'ADN, greffes, etc...) et donc la possibilité future d'infléchir notre rapport au temps et donc sensiblement à la vitesse.

Paul Virilio constate et il le fait plutôt bien. Mais que propose-t-il? Rien. Il se défends sans arrêt d'être néagtif ou désespéré mais quels outils propose-t-il à son époque pour affronter cette vitesse inédite et ce monde nouveau. Monde nouveau où les idéologies sont dites finies (on oublie un peu vite l'islamisme... mais aussi le capitalisme qui prolonge ses derniers (?) soubresauts), où la conquêtes de nouveaux espaces est quasiment abandonnée (la conquête de l'espace semble bien déceptive) si ce n'est à travers les colonies virtuelles (dixit Virilio).

Le film se termine dans la chapelle conçue en 1962 par Claude Parent et Paul Virilio, une sorte de bunker (la référence est très explicite et assumée) de béton. Paul Virilio se dévoile alors en chrétien qu'il est, lui au dernier quart de sa vie, espérant à travers les mots de Paul Léautaut (j'attends la mort avec une immense curiosité), un autre monde qui sera le dernier pour chacun de nous.
Le film aborde en tout dernier la création de l'accélérateur de particules du CEA. Virilio dénonce l'arrogance des scientifiques qui veulent se hisser au rang de "dieu" en cherchant à recréer le big bang originel. Il met en garde contre le risque de trou noir qui pourrait engloutir la terre. Là on ne peut que se dire que Paul Virilio est rattrapé par les peurs millénaristes qu'il a étudié.

Virilio dont il est dit dans le commentaire qu'il fût un proche de Deleuze, Barthes, Baudrillard, nous laisse donc démunis, ne faisant qu'un constat sombre de l'état de l'humanité. C'est sans doute la preuve de Virilio fait partie des anciennes gloires de la pensée française dont il fût proche et que son malheur est d'être encore là dans une époque face à laquelle il ne propose aucun outil pour affronter sa vitesse.

lundi 13 avril 2009

FICTION (18)


Personne n'a su, personne ne saura. Sauf nous deux. Même après ces lignes.

Personne ne saura, comment, elle a rejeté ses bras en arrière, comment elle aura étiré son corps. Vous n'avez pas vu mes mains sur ses hanches, sur son ventre, et puis ses mains à elle posées sur les miennes. Vous ne pourrez pas imaginer ces regards croisés, derrière ses cheveux. Regards tantôt timides, tantôt frondeurs, tantôt rieurs.

Et puis la force de nos bras serrants nos corps l'un contre l'autre. Et l'oubli du monde à cet instant.
L'oubli de tout ce qui coupe, blesse, tue chaque jour.
A cet instant là elle est reine, je suis roi d'un royaume de draps.

Puis elle se lève pour changer la musique. The End des Doors. Drôle de choix, elle seule sait pourquoi, ou pas.
Elle reste assise sur le bord du lit, en appuis sur ses bras en arrière, regard perdu, ailleurs. Silencieuse et mystérieuse, dense comme souvent.

Un baiser.

Elle se lève et remet son soutien gorge. Dans le gris-bleu de la chambre, sa silhouette Balthusienne. Les gestes précis, concentrés, elle se rhabille.

Elle dit: "Tu vois ça n'existe pas une (elle et moi connaissons la suite)"

samedi 21 mars 2009